Dans un environnement économique et géopolitique marqué par une volatilité accrue, les leaders mondiaux revisitent leurs priorités. Le C‑suite Barometer : Outlook 2026 de Forvis Mazars met en lumière un paradoxe puissant : une confiance renouvelée des dirigeants dans la croissance future, tout en reconnaissant l’incertitude comme un élément structurel de l’horizon stratégique.

Confiance retrouvée, mais lucidité assumée

L’année 2026 s’annonce sous le signe de l’optimisme mesuré. Une très large majorité de dirigeants affichent une perspective de croissance positive pour leur organisation, signe que le moral du leadership demeure robuste face aux vents contraires. Cet optimisme s’inscrit toutefois dans une conscience aiguë des fragilités macroéconomiques et géopolitiques, bousculant la conviction d’une croissance spontanée vers celle de la croissance conquise.

Loin d’être un simple indicateur de bonne humeur, cette confiance se traduit par une volonté d’investir de manière ciblée dans les leviers jugés essentiels à la compétitivité.

L’incertitude comme point de départ stratégique

Pour les dirigeants, l’incertitude n’est plus un phénomène passager : elle est désormais un paramètre permanent des décisions d’investissement et de croissance. La concurrence accrue, les fluctuations économiques mondiales, les tensions géopolitiques et la pression réglementaire composent un tableau d’ensemble où la capacité d’adaptation devient une condition de survie plus qu’un atout distinctif.

Cette transformation du paysage stratégique impose une lecture dynamique des risques et opportunités. Les entreprises ne planifient plus dans un monde linéaire ; elles anticipent des scénarios multiples et évolutifs.

L’intelligence artificielle : du gadget à l’axe structurant

L’un des enseignements les plus marquants du baromètre est la place accordée à l’intelligence artificielle. Pour la première fois, l’IA apparaît comme la tendance externe la plus susceptible d’impacter les organisations dans les 12 prochains mois, devant même les facteurs économiques ou concurrentiels.

Cette mise en exergue traduit un changement profond : l’IA n’est plus reléguée parmi les technologies émergentes, elle devient un pivot stratégique. Elle structure les débats sur l’innovation, la productivité, l’avantage compétitif et la prise de décision. Elle s’impose comme un marqueur de puissance organisationnelle.

Cependant, cette perception positive s’accompagne d’une tension : l’adoption de l’IA se diffuse parfois de manière organique, au sein des équipes, sans cadre formel. Cette dynamique « bottom‑up » soulève des défis de gouvernance, d’éthique et de sécurité, et pose la question de l’équilibre entre innovation rapide et contrôle stratégique.

Un leadership segmenté : technologie forte, talents fragiles

La confiance affichée par les dirigeants n’est pas uniforme selon les domaines. Là où ils se sentent prêts à embrasser les technologies émergentes, notamment l’IA, ils expriment une réserve plus marquée sur leur capacité à attirer et retenir les talents nécessaires à la mise en œuvre de ces transformations.

Cette disparité souligne une tension centrale : la transformation numérique ne peut se déployer sans l’accompagnement humain. La technologie seule ne crée pas d’avantage durable si les compétences ne sont pas alignées et si les organisations peinent à attirer les profils capables de piloter ces changements.

Investissement : signe de foi dans l’avenir

L’indice d’investissement des dirigeants atteint son plus haut niveau depuis plusieurs années. Cette remontée n’est pas un exercice de confort budgétaire, mais une affectation ciblée vers les leviers jugés essentiels au positionnement futur.

Les projets prioritaires incluent l’implémentation de l’IA, l’acquisition de clients, la modernisation des systèmes d’information et le développement des talents. Cette combinaison traduit une intention claire : renforcer à la fois les capacités internes (technologie, infrastructures, compétences) et externes (clients, marchés).

Redéfinir les priorités stratégiques

Le baromètre montre un déplacement des priorités traditionnelles vers une configuration plus nuancée. La transformation technologique reste en tête des objectifs, mais elle doit désormais s’inscrire dans un ensemble de réponses plus larges à un monde plus compétitif. Les dirigeants identifient des axes interconnectés : adaptation au contexte concurrentiel, expansion internationale modulaire, révision des modèles produits/services, et renforcement organisationnel.

Cette hiérarchisation des priorités reflète une prise de conscience : l’avantage compétitif ne se gagne pas uniquement avec la technologie, mais avec une synchronisation des capacités technologiques, humaines et commerciales.

Pourquoi les organisations adoptent l’IA

Plusieurs motivations sous‑tendent l’investissement en IA. L’argument le plus souvent cité n’est pas l’automatisation pure, mais la capacité à améliorer la qualité des décisions et la précision des insights. Cette orientation cognitive de l’adoption de l’IA offre une lecture stratégique : les dirigeants cherchent d’abord à éclairer leur pilotage avant de chercher à automatiser des tâches. L’IA devient ainsi un outil de clarté décisionnelle, un catalyseur d’avantage compétitif et un moyen de renforcer la résilience face à l’imprévu.

Internationalisation : pragmatisme et modularité

Contrairement à une vision expansionniste linéaire, les stratégies d’internationalisation décrites par les dirigeants deviennent modulaires et réversibles. Certaines organisations élargissent leurs zones cibles, d’autres ajustent ou réduisent leurs ambitions initiales. Cette souplesse traduit une approche itérative où l’expansion se conçoit comme un processus adaptatif, capable de pivoter rapidement selon les contraintes locales et globales.

La fin d’un modèle statique de croissance

Le C‑suite Barometer : Outlook 2026 dépeint un leadership qui ne se laisse plus surprendre par l’incertitude : il l’intègre. L’innovation technologique, loin d’être un simple vecteur de performance, structure désormais la manière dont les dirigeants lisent leur environnement. L’incertitude économique et géopolitique cesse d’être un obstacle aléatoire pour devenir une donnée stratégique à part entière.

Dans ce contexte nouveau, la croissance ne relève plus d’un horizon fixe à atteindre, mais d’un effort constant de réajustement, de synchronisation et d’anticipation. L’entreprise performante de demain sera celle qui saura conjuguer technologie, talents et flexibilité opérationnelle dans un monde où l’incertain est la norme.

Source : Forvis Mazars — C‑suite Barometer: Outlook 2026, accessible ici : https://www.forvismazars.com/ae/en/insights/c-suite-barometer/c-suite-barometer-outlook-2026