Devenir un « super-ager » en 2026 : ce que la longévité nous apprend sur l’entrepreneur augmenté
En ce début de 2026, The Times consacre une double page à une question qui dépasse largement le registre du bien-être individuel : comment devenir un « super-ager » en 2026 ? Autrement dit, comment vieillir lentement, rester fonctionnel, lucide et actif bien au-delà des normes statistiques actuelles. L’article s’appuie sur des décennies de recherches menées auprès de nonagénaires et centenaires en bonne santé, croisant données médicales, physiologiques et comportementales.
À première vue, le sujet pourrait sembler éloigné des préoccupations des entrepreneurs et des dirigeants. Il ne l’est pas. Car derrière la longévité se cache une question stratégique centrale : comment préserver dans le temps ses capacités cognitives, décisionnelles et adaptatives dans un environnement économique de plus en plus instable et technologiquement exigeant ?
À l’ère de l’intelligence artificielle, la longévité n’est plus seulement biologique. Elle devient professionnelle, cognitive et stratégique.
La longévité comme performance durable
L’article du Times insiste sur un point souvent mal compris : les super-agers ne sont pas des exceptions génétiques spectaculaires. Ils sont, dans leur immense majorité, le produit de trajectoires cumulatives. Ils ont maintenu, parfois sans le formuler ainsi, un équilibre dynamique entre activité physique variée, stimulation cognitive, sobriété alimentaire et engagement social.
Ce constat résonne fortement avec les défis auxquels font face les entrepreneurs contemporains. Car l’IA accélère tout : la vitesse de décision, la concurrence, la pression informationnelle, l’obsolescence des compétences. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de croître vite, mais de tenir dans la durée sans dégradation cognitive, émotionnelle ou stratégique.
La longévité devient alors une métrique implicite de performance.
Vieillir lentement, décider mieux
Parmi les enseignements clés mis en avant par les chercheurs cités par le Times, figure la préservation des fonctions exécutives : attention, mémoire de travail, capacité d’arbitrage. Contrairement à une idée reçue, ces fonctions ne déclinent pas mécaniquement avec l’âge. Elles déclinent surtout avec l’inactivité, la routine et le stress chronique non compensé.
Or, l’entrepreneur moderne est exposé à une forme paradoxale de surcharge : il est intellectuellement stimulé en permanence, mais rarement dans la diversité. Il lit beaucoup, mais souvent dans les mêmes cercles. Il décide beaucoup, mais sous contrainte de temps. Il interagit avec des systèmes d’IA performants, mais risque progressivement de déléguer une partie de sa réflexion stratégique.
Le parallèle avec les super-agers est éclairant. Ceux-ci ne cessent pas d’agir. Ils changent de modalités d’action. Ils alternent les sollicitations. Ils maintiennent une forme de friction cognitive.
Pour l’entrepreneur, cela pose une question centrale : comment utiliser l’IA sans atrophier ses propres capacités de jugement ?
L’IA comme alliée… ou comme facteur de vieillissement cognitif accéléré
L’article du Times ne parle pas d’intelligence artificielle. Mais il offre un cadre de lecture précieux pour l’aborder. Les super-agers évitent les comportements monotones. Ils varient leurs activités physiques. Ils entretiennent des relations sociales riches. Ils continuent à apprendre, souvent hors de leur zone de confort.
Appliqué à l’IA, ce principe invite à la vigilance. Une IA trop utilisée comme substitut cognitif — rédaction, synthèse, arbitrage — peut produire un confort immédiat, mais aussi une désaccoutumance progressive à l’effort intellectuel. Plusieurs travaux récents en sciences cognitives commencent à documenter ce phénomène, souvent qualifié de « cognitive offloading ».
L’entrepreneur augmenté n’est donc pas celui qui délègue tout à l’IA. C’est celui qui orchestré intelligemment la répartition des tâches entre humains et machines, en conservant les fonctions critiques : vision, intuition, arbitrage éthique, compréhension du contexte.
La variété comme principe fondateur
L’un des conseils les plus frappants de l’article du Times est formulé simplement : ne pas se limiter à un seul type d’exercice physique. Les super-agers marchent, courent, portent, équilibrent, adaptent. Leur corps reste plastique.
Cette logique de variété vaut tout autant pour l’esprit entrepreneurial. Dans un monde où les modèles d’IA tendent à standardiser les réponses, la valeur se déplace vers la capacité à relier des domaines, à hybrider des savoirs, à penser en systèmes complexes.
Les entrepreneurs qui dureront seront ceux qui sauront préserver cette plasticité intellectuelle. Cela suppose de résister à la tentation de l’optimisation permanente. D’accepter parfois la lenteur. De maintenir des espaces de réflexion non instrumentalisés.
Sobriété, mais pas privation
Autre enseignement clé de l’article : les super-agers ne suivent pas des régimes extrêmes. Ils mangent simplement, régulièrement, sans excès. Ils évitent les suppléments miracles. Ils se méfient des promesses de raccourcis biologiques.
Ce point mérite d’être souligné dans un contexte où l’IA est parfois présentée comme un accélérateur universel. L’illusion du gain immédiat peut masquer des coûts systémiques à long terme : dépendance technologique, perte de savoir-faire, fragilité organisationnelle.
La sobriété technologique devient alors une compétence stratégique. Utiliser l’IA là où elle crée un véritable avantage. L’éviter là où elle fragilise l’autonomie décisionnelle.
Le temps long comme avantage concurrentiel
Les chercheurs cités par le Times observent que les super-agers ont souvent intégré, consciemment ou non, une vision du temps long. Ils ne cherchent pas la performance maximale à court terme. Ils cherchent la continuité.
Dans l’univers entrepreneurial, cette posture est encore minoritaire. Les cycles d’investissement, les métriques de croissance et la pression des marchés favorisent le court terme. Pourtant, l’IA redistribue les cartes. Les avantages compétitifs purement technologiques deviennent rapidement éphémères. Ce qui dure, ce sont les organisations capables d’apprendre, de s’adapter et de se régénérer.
La longévité devient alors une métaphore opérante de la stratégie.
Repenser la notion d’entrepreneur augmenté
Loin des fantasmes transhumanistes, l’article du Times rappelle une vérité simple : vieillir en bonne santé repose moins sur des innovations radicales que sur des choix quotidiens cohérents. L’entrepreneur augmenté de 2026 ne sera pas celui qui aura le plus d’outils d’IA. Ce sera celui qui saura préserver sa capacité à penser, décider et créer dans un environnement saturé de solutions automatisées.
Cela implique de repenser la formation, le rapport au travail, la gouvernance des outils d’IA. Cela implique aussi de reconnaître que la performance durable est indissociable de la santé cognitive et mentale.
Une leçon de longévité pour l’économie de l’IA
En filigrane, l’article du Times pose une question que le monde de l’entreprise ne peut plus ignorer : que voulons-nous optimiser ? La vitesse, ou la durée ? L’efficacité immédiate, ou la résilience ?
À l’heure où l’IA promet de transformer en profondeur les métiers, la leçon des super-agers est précieuse. Elle nous rappelle que l’avenir ne se joue pas uniquement dans la puissance des outils, mais dans la capacité des humains à rester pleinement acteurs de leurs choix.
Pour les entrepreneurs, la longévité n’est pas un luxe. C’est une stratégie.




