EntrepreneurIA | Économie et entrepreneuriat | 8 novembre 2026
À Nice, le 7 novembre 2026, l’Union pour l’Entreprise des Alpes-Maritimes (UPE06) et les Forces Françaises de l’Industrie ont inauguré un cycle de rencontres avec les candidats à l’élection présidentielle de 2027. Premier invité, Gabriel Attal, ancien Premier ministre et secrétaire général de Renaissance, a répondu aux interrogations des entrepreneurs azuréens. Une initiative non partisane qui veut confronter les projets politiques à l’expérience du terrain.
Quand les entrepreneurs interrogent ceux qui veulent gouverner
Fabriquer en France, préserver ses savoir-faire et continuer à exporter. Pour les entreprises industrielles, ces ambitions se heurtent à des contraintes économiques de plus en plus fortes. À Grasse, Stéphane Roux, dirigeant de la Parfumerie Galimard, en témoigne : son entreprise familiale commercialise ses parfums à l’international, mais doit faire face à la hausse des coûts de production et aux sollicitations de partenaires étrangers proposant de déplacer certaines étapes de fabrication.
« Nous voulons à tout prix rester une marque française, continuer à fabriquer à Grasse nos parfums. Mais ça devient de plus en plus difficile »,
explique-t-il. Cette question, posée samedi 7 novembre au Radisson Hôtel Nice Airport, résume l’intérêt du premier « Face à Face » organisé par l’UPE06 et les Forces Françaises de l’Industrie (FFI).
J’ai assisté à cette rencontre inaugurale avec Gabriel Attal. Au fil des échanges, une évidence s’est imposée : derrière les propositions économiques nationales se trouvent des dirigeants confrontés à des décisions immédiates d’investissement, d’emploi, de financement ou de transmission. C’est ce dialogue entre ambition politique et expérience entrepreneuriale que les organisateurs ont voulu instaurer.
Une démarche non partisane portée par l’UPE06 et les FFI
Dès l’ouverture, Franck Cannata, président de l’UPE06, a présenté la philosophie de ce cycle de consultations. « Notre démarche est non partisane », a-t-il insisté. Les principaux candidats doivent être reçus selon un même fil conducteur : comment libérer les initiatives, créer de la valeur et renforcer la capacité des entreprises à préparer l’avenir ?
« Nous ne demandons pas à être écoutés par courtoisie, mais parce que nous faisons partie de la solution »,
a rappelé Franck Cannata. Les discussions s’appuient sur la contribution de l’UPE06, « Les 10 défis pour faire de la France le meilleur pays pour entreprendre », issue des préoccupations exprimées par les acteurs économiques du territoire.
Laurent Moisson, représentant des Forces Françaises de l’Industrie, a souligné que les débats économiques donnent volontiers la parole aux responsables politiques et aux économistes, mais plus rarement à ceux qui créent les entreprises et les emplois. Animés par Laurent Moisson et Jean-François Puissegur, les échanges ont choisi l’approche directe, sans long discours liminaire. Claire Peradotto, engagée au sein de l’UPE06 dans la promotion de l’entrepreneuriat et animatrice de Go Boost, a ouvert les questions sur l’envie d’entreprendre en France.
Fiscalité et simplification : un besoin de stabilité
Les premières interventions ont fait apparaître des préoccupations constantes : instabilité des prélèvements, empilement des normes, lenteur des procédures et difficulté à anticiper les décisions publiques. Gabriel Attal reconnaît les limites des politiques successives de simplification. Il propose d’aller plus loin qu’un ajustement des dispositifs existants, en réécrivant certains cadres réglementaires.
Pour le droit du travail, il envisage une « constitution du travail » d’environ cinquante pages, fixant les grands principes, tandis qu’une plus grande part des règles serait négociée au niveau des branches et des entreprises. Il défend aussi un principe de rapidité administrative, avec acceptation tacite de certaines demandes en l’absence de réponse sous deux mois, ainsi qu’une limitation du cumul des recours sur les projets économiques à dix-huit mois. Leur application nécessiterait de préciser les garanties juridiques et les exceptions, notamment en matière d’environnement et de sécurité.
Sur le plan fiscal, l’ancien Premier ministre souhaite faire voter dès l’été 2027 une loi de programmation économique et fiscale sur dix ans. Il propose de revenir sur plusieurs hausses de prélèvements intervenues depuis 2024 et de réduire la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE). La question du financement et de la portée réelle d’un tel engagement, au-delà des alternances politiques, reste entière.
Patriotisme économique : Cédric Messina interroge la souveraineté
Cédric Messina, entrepreneur niçois et fondateur de MyCoach, a relaté les difficultés rencontrées face à un concurrent américain dans un marché lié aux Jeux olympiques. Son récit interroge le décalage entre les déclarations de soutien à l’innovation française et les décisions concrètes.
« Est-ce que vous croyez encore au patriotisme économique ? », demande-t-il.
Gabriel Attal répond par un projet d’intégration européenne renforcée. Il défend des « États-Unis d’Europe » sur le plan économique, technologique et écologique, avec une union des marchés de capitaux, une préférence européenne dans les marchés publics et des exigences de partenariats et de transferts de technologie pour certaines implantations étrangères. Il considère que la France ne peut répondre seule à la concurrence américaine et chinoise. Ces orientations supposeraient toutefois des arbitrages complexes entre États membres et une compatibilité avec les règles commerciales internationales.
À Grasse, la fabrication et la transmission du savoir-faire
L’intervention de Stéphane Roux, pour la Parfumerie Galimard, a donné à ce débat une dimension territoriale. Son entreprise veut préserver une production ancrée à Grasse, tout en restant compétitive face à des pays où les coûts et les incitations fiscales sont différents. Il a également évoqué les difficultés de transmission des entreprises familiales et le risque de voir des savoir-faire passer sous contrôle de grands groupes étrangers.
Gabriel Attal cite plusieurs leviers : impôts de production, coût du travail, normes et énergie. Il propose notamment un prix de l’électricité de 50 euros par mégawattheure pour les industriels exposés à la concurrence internationale. Il annonce également des mesures futures sur la transmission, sans en détailler toutes les modalités lors de cette rencontre. La discussion rappelle que l’enjeu dépasse la seule propriété du capital : il touche aussi les emplois, les compétences et les centres de décision locaux.
Transition énergétique : Élodie Bondi pose les questions industrielles
Élodie Bondi, coprésidente de la French Tech Côte d’Azur et directrice générale de Qualisteo, entreprise spécialisée dans la mesure et l’optimisation des consommations énergétiques, a interrogé Gabriel Attal sur la disponibilité de l’énergie, son coût et le financement de la décarbonation. Pour les industriels, ces trois questions conditionnent directement l’investissement.
L’ancien Premier ministre défend une stratégie combinant relance du nucléaire et développement des énergies renouvelables. Il présente la sortie progressive des énergies fossiles comme une exigence de souveraineté autant qu’un objectif environnemental. Reste à définir les conditions de financement et de mise en œuvre d’une électrification accrue de l’économie, ainsi que celles du tarif industriel qu’il propose.
Logement, apprentissage, marchés publics : les contraintes du territoire
Les échanges ont également rappelé les spécificités des Alpes-Maritimes. Le coût du logement limite les possibilités de recrutement et pèse sur l’attractivité des emplois, même lorsque les rémunérations dépassent le salaire minimum. Gabriel Attal reconnaît les difficultés du secteur immobilier et annonce un programme de relance de l’investissement locatif privé.
Sur l’apprentissage, il défend des aides plus ciblées selon la taille des entreprises et les niveaux de qualification, tout en critiquant certaines réductions transversales de financement. Pierre Mario, représentant du secteur du BTP, l’a interrogé sur l’accès des TPE et PME à la commande publique. Gabriel Attal a évoqué une avance de trésorerie de 30 % pour les PME concernées par les commandes de grands acheteurs publics. Les restaurateurs ont, quant à eux, soulevé la compétitivité du tourisme, le recrutement et la place de l’innovation dans ce secteur.
Retraites et financement de l’innovation : la question de l’épargne
Adina Grigoriu, fondatrice et dirigeante d’Active Asset Allocation, a interrogé Gabriel Attal sur le développement de la retraite par capitalisation et la mobilisation de l’épargne pour financer les entreprises. Le candidat souhaite élargir les dispositifs existants et propose notamment une dotation initiale de 1 000 euros à chaque naissance dans un mécanisme d’épargne de long terme, ainsi qu’une orientation obligatoire de 50 % de l’intéressement et de la participation vers l’épargne retraite.
Il y voit un moyen de développer les capitaux disponibles pour l’innovation. Mais cette orientation appelle une analyse des coûts de transition, des risques financiers et de l’équité intergénérationnelle. Les comparaisons de rendements qu’il a présentées lors de la rencontre doivent être considérées comme des arguments politiques, non comme des résultats acquis pour l’ensemble des épargnants.
Intelligence artificielle : la question d’une apprentie sur l’avenir de l’emploi
L’une des dernières questions est venue de Candice, une jeune apprentie, qui a évoqué les difficultés d’insertion sur un marché du travail exigeant simultanément diplômes, expérience et adaptation rapide. Gabriel Attal a insisté sur la transformation des métiers sous l’effet de l’intelligence artificielle et annoncé une proposition : former 30 millions de salariés français à l’IA en cinq ans, notamment au moyen des dispositifs de formation professionnelle existants.
Cette intervention a particulièrement retenu mon attention. Si l’acquisition de compétences numériques est devenue essentielle, elle ne suffit pas, à elle seule, à transformer une organisation. Les gains de productivité dépendent aussi de la redéfinition des processus, de la gouvernance, de l’encadrement et de la capacité à intégrer les outils aux besoins métiers. Le défi n’est donc pas seulement de former davantage, mais de traduire cette formation en création de valeur, en évolution professionnelle et en autonomie stratégique.
Une nouvelle méthode de dialogue à éprouver dans la durée
En donnant la parole à des dirigeants de secteurs très différents, cette première rencontre a dépassé le format d’un exposé de programme. Les intervenants ont confronté Gabriel Attal à des situations observées sur le terrain : risque de délocalisation, concurrence internationale, transition énergétique, trésorerie, formation et emploi. Les réponses du candidat révèlent plusieurs choix économiques, dont le financement et les conditions d’application devront faire l’objet de débats supplémentaires.
Le mérite de l’initiative de Franck Cannata, de l’UPE06, de Laurent Moisson et des Forces Françaises de l’Industrie réside dans sa méthode : écouter les entrepreneurs, poser des questions communes aux candidats et permettre une comparaison argumentée des réponses. Sa portée dépendra de la diversité des personnalités invitées et de la continuité du dialogue.
En quittant cette première rencontre, je retiens moins une succession d’annonces qu’une exigence : une politique économique doit se mesurer non seulement à ses intentions, mais aussi à sa faisabilité et à ses effets pour les entreprises chargées de la mettre en œuvre. En ouvrant ce « Face à Face » à Nice, l’UPE06 donne une place concrète à l’expérience entrepreneuriale dans le débat présidentiel de 2027.
Pascale Caron | AI Strategy Advisor | International Keynote Speaker | Co-author of EntrepreneurIA




